Avis d'expert - Selon une étude, les supports numériques ont une durée de vie inférieure à 5 à 10 ans. La révolution du stockage sur CD et DVD pourrait alors se transformer en cauchemar.

On nous aurait menti ? Lors de sa sortie, les industriels nous vantaient le caractère inaltérable du disque compact (CD) promettant la conservation à vie des fichiers gravés sur ces galettes de plastique. Une promesse réitérée lors du lancement des DVD enregistrables.

Outre les consommateurs, les entreprises se sont très vite tournées vers ce support pour stocker leurs données. Il faut dire que ce support rassemble toutes les qualités : petite taille, espace de stockage conséquent, accès rapide... Conséquences, 10 milliards de galettes sont vendues chaque année.

Pourtant, et beaucoup d'utilisateurs s'en sont aperçu, les CD et autres DVD sont loin d'être fiables. Une simple rayure, une exposition trop longue à la lumière peuvent rendre inutilisable un disque ou effacer les données. Les industriels ont fait la sourde oreille, contestant ces vues d'esprit.

8% de CD inutilisables au bout de 4 ans

Mais cette fois, une étude scientifique prouve la qualité médiocre de ces supports et de tous les supports numériques  : disques durs, mémoire flash... Menée par l'Académie des sciences et l'Académie des technologies, cette étude (qui sera publiée le 9 avril) met en avant des résultats accablants.

Non seulement la durée de vie de ces supports n'excède pas 5 à 10 ans, mais en plus, cette durée de vie varie considérablement en fonction des fabricants ou même à l'intérieur de la même famille de produits. Les scientifiques ont ainsi observé des disques qui ne tenaient pas la route au bout d'un an, et au bout de 4 ans, 8% des CD et DVD testés sont inutilisables.

Enfin, plus la capacité de stockage de ces disques est élevée, plus ils sont fragiles. Un Blu-ray a ainsi plus de chances de planter qu'un DVD qui sera lui même moins fiable qu'un CD.

Bref, on pourrait très vite assister à une disparition massive des données, autant chez les particuliers (qui feraient mieux d'imprimer leurs photos plutôt que de les stocker sur des disques) que chez les entreprises où le problème sera beaucoup plus sensible.

"Une importante quantité d'informations personnelles, médicales, scientifiques, techniques, administratives, etc. est ainsi en réel danger de disparition", soulignent les Jean-Charles Hourcade, Franck Laloë et Erich Spitz, les auteurs de cette étude. "Il est nécessaire que chacun sache, s'il veut conserver à long terme une information sélectionnée, sur quel support l'inscrire".

Quelles sont alors les solutions pour éviter la catastrophe qui pointe le bout de son nez (catastrophe dénoncée par d'autres spécialistes depuis des années déjà) ? Le stockage dans les nuages (cloud computing) peut s'avérer utile.

Mais il ne pourra pas prendre en charge le colossal et exponentiel patrimoine numérique des entreprises et du grand public. Il faudrait investir des milliards d'euros par an pour tenir la charge. Par ailleurs, le stockage en ligne est également dépendant de la stabilité des réseaux et des serveurs aujourd'hui confrontés au problème de la consommation électrique. Il s'agit donc d'une fausse bonne idée.

Autre solution : l'innovation. Les auteurs de l'étude exhortent ainsi les industriels à trouver de nouvelles pistes pour le stockage physique. Rappelons que le CD a trente ans, il est peut-être temps de passer à autre chose. Vers un retour des bandes ?

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